"En tant que manager, je ne prends jamais rien pour acquis !"

 

 

 

 

 

 

Susanna Mineve,

Co-fondatrice et Directrice de l'école Wordculture.ch

Doctorat en Littérature et langage comparatifs

 

Céline Chatti : Merci Susanna d'avoir accepté de répondre à nos questions.

Quelle est votre fonction actuelle ?

 

SM : J'ai crée Wordculture l’année dernière avec deux associées, avec qui nous partageons la passion des langues. Notre philosophie : permettre à chacun d’apprendre les langues avec plaisir. Notre stratégie : maintenir une taille humaine avec de petits groupes et suivre une méthodologie spécifique. Notre ambition : viser l’efficacité dans l’apprentissage avec des objectifs clairs et réalistes : 4 mois : 1 niveau. Ceci à la condition que les étudiants viennent régulièrement et travaillent de façon assidue. Enfin nous souhaitons rester à un positionnement prix accessible et raisonnable.

 

 

 

CC : Qu'est ce qui vous passionne à propos de votre travail ?

 

SM : J’aime le contact avec les autres. J’ai des étudiants qui me suivent depuis plusieurs années parce qu’ils veulent continuer à apprendre avec moi. Même si j’ai une préférence pour mon job de prof, je dois reconnaitre que la fonction managériale est très enrichissante car je fais l’expérience de tout autre chose. En effet, je me rends compte, qu’au fil du temps, j’ai développé des expériences transmissibles dans différents domaines. Ce n’est plus seulement mes compétences en langues que je peux partager mais aussi à présent mes compétences analytiques, stratégiques, relationnelles et managériales.

 

 

CC : Quelle est la partie la plus challengeante ?

 

SM : La partie la plus exigeante est la partie managériale, dans le sens où elle requiert des compétences dans le savoir-faire mais aussi dans le savoir-être. Je suis confrontée à la nécessité de maitriser la communication et l’art du feedback. Je fais tout pour maintenir une relation d’écoute et de respect avec mon équipe et en même temps il y a des situations où je dois recadrer et rappeler ce que j’attends. Lorsqu’une personne fait une erreur, dire ce qui doit être dit sans mettre à mal la relation ou la personne, n’est pas toujours aisée.

 

 

 

CC : Comment faites-vous dans ces situations ?

 

SM : Au début, je n’avais pas envisagé me faire accompagner sur cette partie management - avec du coaching par exemple - car je n’avais pas réalisé avoir des besoins dans ce domaine. A présent, je considère le coaching comme un support indispensable. Prendre de la hauteur, comprendre l’autre mais aussi les difficultés soulevées en moi par certaines situations, est finalement directement lié à ma capacité à manager et donc à développer l’école. Même si j’ai déjà beaucoup appris, je souhaite me développer encore pour contribuer à ce que mon équipe se sente bien au travail. C’est comme cela qu’ils fourniront un meilleur travail auprès des étudiants. Le bien-être ça se communique !

 

 

 

CC : Qu'est ce que signifie l'intelligence émotionnelle pour vous  ?

 

SM : L’intelligence émotionnelle consiste à apprendre à gérer ses propres émotions et à accueillir celles des autres. Lorsque je suis en proie à une forte émotion par exemple comme la colère, je préfère personnellement m’isoler pour décompresser. Je vais prendre l’air pour marcher et j’essaye de mettre le problème de côté pour y revenir calmement, une fois l’orage passé. Je me concentre sur les choses positives et ce qui va bien. Par exemple, je me rappelle que nous sommes dans une situation privilégiée en Suisse et que monter son business est relativement facile, surtout comparé à l’Italie d’où je viens par exemple. Avec le temps, je deviens plus expérimentée et plus sage.

 

 

 

CC : Quels sont, selon vous, les facteurs-clés de succès qui garantissent la profitabilité d'une entreprise tout en assurant le bien-être des équipes ?

 

SM : Je pense qu'il est important pour les employés de sentir qu’ils sont épaulés et d’être disponible autant que possible, quand ils ont besoin. Organiser des événements sociaux est aussi un bon moyen de créer du lien en partageant de bons moments, comme des diners d’équipe par exemple. Mais par dessus tout, je  m’efforce de les impliquer dans la croissance de l’école en les soutenant dans la mise en place de nouveaux projets. Chacun peut faire comme si c’était aussi « son école » et « mettre sa patte ». Par exemple, nos enseignants peuvent s’occuper des activités marketing, communiquer sur les réseaux sociaux, imaginer de nouveaux concepts de cours ou organiser des évènements avec les étudiants. Dernièrement, l’un d’entre eux, a organisé une randonnée avec un groupe, un autre un cours d’œnologie. Si les personnes sont heureuses dans ce qu’elles font, elles donnent le meilleur d’-elles-mêmes, ce qui se ressent sur l’ambiance dans la classe et auprès des étudiants.

 

 

 

CC : Lorsque vous étiez plus jeune, quelle idée vous faisiez-vous du succès ?

 

SM : Pour être tout à fait honnête, je ne peux pas dire que j’ai été une personne ambitieuse ayant rêvé d’un haut poste à responsabilité dans une entreprise. Mon idée initiale était plutôt de travailler à l’université dans la recherche. Chemin faisant, j’ai réalisé que la partie que je préférais était de travailler avec les étudiants. Plus tard durant mon doctorat, mon idée du succès à encore évolué. J’avais à présent envie de créer quelque chose par moi-même. J’ai au fond l’impression de revenir à une envie de départ : être indépendante. Pour moi, il s’agit de combiner les relations sociales et humaines qui sont importantes dans ma vie tout en créant un business en accord avec ma vision.

 

 

 

CC : Quel est votre objectif personnel dans tout cela ?

 

SM : Je suis très satisfaire du démarrage de l’école et du chemin que nous avons parcouru en à peine un an. Nous ne désemplissons pas ce qui veut dire que notre approche fonctionne et qu’elle répond à une demande. Toutefois je garde à l’esprit que rien n’est jamais acquis, ni gagné d’avance. Le challenge pour moi est de continuer à croître tout en maintenant la qualité de nos services qui fait notre spécificité. Au début dans un projet, on démarre forcément avec beaucoup d’enthousiasme mais au fur et à mesure l’excitation diminue, la réalité est là avec son lot de difficultés et le risque est réel de tomber dans une routine dans laquelle on se complait. Mon rôle est de rester vigilante, de maintenir la croissance, de poursuivre le développement de nos activités annexes telles que la traduction, et surtout de rester motivés et créatifs. Je suis aussi attentive à ne pas grandir trop vite si nous ne voulons pas perdre la proximité avec nos étudiants et ce presque « sur-mesure » qui fait notre succès aujourd’hui.

 

 

 

CC : Quel est votre challenge pour le futur ? 

 

SM : Mon challenge sera à la fois de garder le cap sur cette vision stratégique, de tenir les fonctions managériales du quotidien que suppose mon poste mais aussi de continuer à délivrer des cours moi-même en qualité de professeur. Ces trois casquettes - visionnaire, managériale et opérationnelle - sont challengeantes à gérer en même temps mais je ne m’en sors pas trop mal.  Au commencement, ma vie personnelle a été assez déstabilisée mais avec le temps j’ai réussi à réaménager un équilibre plus serein et surtout plus durable. Il n’aurait pas été possible de continuer avec des journées de plus de 12 h de travail. J’ai aussi la chance d’avoir un mari qui me soutient et des associées exceptionnelles. 

 

 

 

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